Il arrive parfois qu'une chose pour laquelle on pense à priori n'avoir aucune affinité nous surprenne agréablement et de façon inexplicable. Par le biais de petits éléments charmants et sortant de l'ordinaire, on se découvre alors finalement une attirance inconnue jusqu'alors. Il ne s'agit pas ici des miches de la boulangère du coin de la rue, mais bien du second album des Ecossais de The View, Which Bitch.
Un groupe de rock indie venant d'outre-manche, ça n'inspire plus confiance depuis longtemps pour beaucoup de gens, les vagues de révélations de l'année formatées ayant eu raison de la tolérance de l'auditeur averti moyen. C'est pourquoi lorsqu'on tombe sur quelque chose qui sort un minimum de l'insipide ordinaire, on est instinctivement sujet à une réaction plus que positive. Encore faut-il, pour le groupe, percer la barrière de méfiance protectrice avec un début d'album réussi, et c'est indéniablement le cas de celui-ci.
On commence l'album avec « Typical Time 2 », une introduction folk à l'harmonica, au piano et à la guitare pour un début d'album qui ne peut qu'éveiller la curiosité de l'auditeur. Le disque continue avec « 5Rebeccas », premier tube de l'album, une chanson beaucoup plus classique mais où la particularité du groupe s'affirme. « Fraîcheur » pourrait être le maître mot pour décrire la sensation que l'ont ressent à l'écoute. La production, le jeu des instrumentistes, la voix très typée et les arrangements parfaitement trouvés sont autant d'éléments qui contribuent à créer un climat très sympathique et donnent l'impression d'un groupe qui ne se considère pas comme supérieur à ce qu'il est (ce qui est malheureusement trop rare de nos jours, ma p'tite dame).
La suite de l'album sera du même acabit, bien qu'une volonté de créer un album varié se ressente clairement depuis les couplets presque rapés de « One Off Pretender », en passant par les chœurs de « Glass Smash » jusqu'à la voix poussée de la fin de «Shock Horror ». Le groupe réussit finalement à créer diverses ambiances le long de ces 14 pistes de durées respectables, bien que la tonalité générale ne soit jamais rompue. L'album est donc très cohérent mais garde une légère touche d'originalité à chaque piste, ce qui est plus qu'appréciable. Pour chipoter, on aurait pu espérer encore un peu plus de prise de risques musicaux mais l'album s'en tire tout de même très bien.
VERDICT :
Tout est finalement affaire de référentiel, comme dirait l'autre. The View tire son épingle du jeu de façon très honorable en comparaison avec beaucoup de ses contemporains anglais et on apprécie du coup beaucoup plus la découverte d'une jolie exception comme celle-ci. Écoutez ce qu'on vous dit : ça demande du boulot mais ça a du bon au final, le tri sélectif.