Attention, contrairement aux apparences, ce qui va suivre n'est pas le début de partie d'un jeu de rôle introspectif mais bien une des nombreuses scènes (dépendantes évidemment de chaque individu et de sa façon d'appréhender la musique) que peux évoquer The Hawk Is Howling, dernier album en date de Mogwai, sans doute mieux décrit par un ressenti que par une bête chronique piste par piste.
Un magnifique paysage enneigé s'offre à vous, aussi loin que votre regard porte. Les ombres des nombreux sapins croulants sous le poids de la neige sont les seules tâches sur le blanc étincelant du sol où vous vous enfoncez jusqu'un peu en dessous des genoux. Vous marchez, sans but, perdu dans vos pensées, essayant tant bien que mal de protéger vos yeux de la réverbération du soleil éclatant sur la neige.
Le silence est uniquement troublé par le crissement des flocons sous vos bottes et quelques légers courants d'air annonçant sans doute l'arrivée de puissantes bourrasques dans un futur proche. Vous laissez au monde vos empreintes de pas et vous avez l'impression, fausse vous le savez bien, de fouler du pied un territoire encore vierge de toute présence humaine. Votre léger vague à l'âme cohabite agréablement avec une sorte de bonheur inexplicable, et vous prenez plaisir à observer la vapeur qui sort par votre bouche au rythme de votre respiration.
Vous vous arrêtez soudainement dans votre progression en apercevant un grand faucon perché sur la longue branche d'un arbre mort recouvert de neige. Vous et l'animal vous regardez sans un bruit pendant quelques très longues secondes. Votre esprit est vide de toute pensée et vous vivez une expérience indéfinissable, que l'on ne pourrait pas qualifier d'agréable, dans le sens commun, et pourtant pas de dérangeante non plus.
Cette étrange communion se termine brusquement lorsque le majestueux animal s'envole d'un battement d'ailes en poussant un puissant hurlement. Le cri résonnera encore longtemps après la disparition de l'oiseau, et vous ne reprendrez votre marche qu'après de nombreuses minutes passées à observer le ciel vierge tout en écoutant le son décroître petit à petit. L'étrange sentiment que vous avez éprouvé précédemment se transforme déjà en souvenir flou, mais vous savez pertinemment que vous venez de vivre quelque chose. Quelque chose d'unique.
Unique, voilà un mot qui résumerait bien Mogwai. Exclusivement instrumentale, sauf sur l'une des pistes bonus de l'édition japonaise, la musique de Mogwai est principalement articulée autour d'un thème mélodique principal, à la suite duquel viennent se greffer différents instruments aux sonorités variées.
Bien plus basé sur la progression et l'ambiance que sur la faculté de faire furieusement headbanger l'auditeur, The Hawk Is Howling est très atmosphérique, à l'exception notable de l'excellent “Batcat”, très bruitiste et agressif.
Les ambiances abordées sont généralement calmes, méditatives et propices à l'introspection, accentuées par les titres énigmatiques des pistes (par exemple “I'm Jim Morisson I'm Dead” ou “Thank You Space Expert”). Pourtant, au détour d'un riff gentiment dissonant ou d'une sonorité un peu dérangeante, les musiciens créent de temps en temps un léger malaise chez l'auditeur ce qui, en plus de rendre les pistes plus puissantes, évite le principal défaut menaçant un album de ce type : la monotonie.
VERDICT :
Pour qui n'est pas allergique au fait de s'installer confortablement le temps d'un album et de se laisser mener par ces talentueux écossais dans un agréable voyage intérieur, ce disque est une vraie perle. Faisant naître chez l'auditeur d'étranges sentiments, la musique de Mogwai se ressent plus qu'elle ne s'écoute et si vous avez l'occasion de l'écouter, ou mieux encore de la voir en concert (profitez-en ils ont plusieurs dates en France actuellement), n'hésitez pas une seule seconde, il y a peu de chances que vous le regrettiez.