Puscifer est un étrange projet de Maynard James Keenan, excellent chanteur de Tool et de A Perfect Circle. Autant groupe de musique que marque de vêtements, on trouve sur le site de Puscifer un véritable magasin en ligne proposant un stock aussi éclectique qu'étrange. Si vous voulez acheter un jouet pour chien en forme de grenade ou un gode à l'effigie du groupe c'est là qu'il faut aller !
Nous pourrions disserter pendant un bon moment sur les qualités esthétiques des sous-vêtements féminins proposés mais, l'aspect de Puscifer nous intéressant plus particulièrement restant malgré tout la partie musicale, passons donc à la suite.
Très éloigné de Tool, groupe phare de Keenan, tant esthétiquement que musicalement, Puscifer réussit à se créer une identité forte et unique. En plus d'un visuel cartoonesque et délirant, l'album baigne dans une ambiance à la fois chamanique, menaçante et sexuelle, exposée avec brio dés les premiers titres de l'album. Au centre d'un savant mélange d'électro/rock, MJK se permet un chant torturé et terriblement grave, appuyé par de nombreux chœurs, gémissements et autres mélopées tribales.
A l'écoute de « Queen B », on est tout d'abord frappés par ces chœurs tribaux et cette voix pour le moins étrange de la part de Maynard. Brillamment appuyées par de puissantes percussions, ces chants sont en effet la marque distinctive du disque. On continue avec « Dozo », toujours dans cet excellent début d'album. La musique navigue continuellement sous tension, avec des basses toujours omniprésentes. Les gémissements féminins qui se font entendre de temps en temps introduisent l'aspect sexuel de la musique de Puscifer, aspect qui sera présent tout au long de l'album à plus ou moins faible dose selon la piste considérée. Après un « Vagina Mine » fort sympathique et beaucoup plus menaçant, on arrive à un autre sommet de l'album, la ballade « Momma Sed ». Suivant un classique format couplet/refrain, avec toujours les sonorités propres à Puscifer, c'est sans aucun doute la piste la plus accessible de l'album, ce qui n'enlève rien à ses qualités. Les pistes suivantes sont toutes très intéressantes, bien qu'aucune ne sorte de la tonalité générale. A travers un « The Undertaker » (tiré de la B.O de Saw) plus violent, un « Indigo Children » très rythmique et un « Sour Grapes » déclamé de façon impressionnante, on explore d'autres facettes de l'univers de Puscifer pour finalement s'arrêter sur la monumentale « Rev 22:20 (dry martini mix) », remix d'une chanson composée pour la B.O d'Underworld.
Chantant avec une voix bien plus classique mais encore très typée, cette version plus intimiste est réellement magnifiée par un Maynard qui s'impose décidément comme l'un des meilleurs chanteurs rock actuels. Cette piste clôture donc l'album de manière magistrale et assez différente de la sonorité générale.
V is for Vagina est finalement un album excellent et très original qui ne laissera personne indifférent. On aime ce style unique ou on déteste, comme souvent avec la musique où MJK officie.
Sort ensuite en avril 2008, l'inégal album de remixes V is for Viagra, sur lequel ont travaillé différents artistes, puis en octobre de la même année, D is for Dubby. Qu'est ce qu'un album de remixes dub peut donc apporter de neuf à un tel disque en dehors du comique de titres tels que « Children of Dub » ou « Momma dubbed part 1&2 » ?Entièrement réalisé par un seul artiste, le dénommé Lustmord qui a déjà travaillé sur V is for Viagra, cet album reste dans l'ambiance générale de Puscifer mais avec un son bien plus planant, trip-hop et, oh surprise, dub.
De grosses basses, des tempos lents et de puissantes reverbs se retrouvent tout au long du disque, et on se plaît à retrouver les éléments de l'œuvre originale dans cette ambiance pour le moins flottante.
Autant le dire tout de suite, pour qui n'est pas fan hardcore de dub ou de Puscifer, cet album est loin d'être indispensable. Bien que les musiques soient agréables et que l'écoute en soit aisée, la surprise n'est plus au rendez-vous, surtout après que V is for Vagina ai tourné régulièrement sur la platine, l'intérêt principal semblant être de constater la métamorphose des pistes originales. On se surprend néanmoins à détecter quelques sympathiques fulgurances, notamment sur « Sour Dub », par exemple.
VERDICT :
V is for Vagina est un excellent album qu'il est indispensable d'écouter au moins une fois, ne serait-ce que pour ces ambiances exceptionnelles. D is for Dubby n'est finalement qu'un joli gadget proposé aux fans, ni à jeter, ni transcendant. Sympathique ouverture d'esprit à d'autres artistes et à d'autres styles, ou vile manipulation visant à faire cracher plus d'argent aux fans ?A chacun de se forger son opinion. Reste que Puscifer est un projet très intéressant, un fourre-tout artistique (et commercial) élégamment orchestré par un Maynard James Keenan toujours aussi inspiré, et qui mérite amplement le détour.